Moi Président, je ferme les écoles

Françaises, Français,

Nous le savons tous, l’école est un lieu de perdition.

Rebecca1917version

On y apprend la crainte des plus forts, l’injustice face au casting du corps enseignant, le pourcentage d’adultes dépassés par une mission impossible, l’inaptitude d’un monde à se remettre en question. On y découvre la vie en groupe dans ce qu’elle a de plus injuste, le faible n’est pas protégé. On s’obstine à croire qu’on y socialise nos enfants quand ils vivent ce que nous ne supporterions pas: aucune entreprise ne tournerait dans un climat de tension et de flicage qu’on impose à nos écoliers.

La fermeture des écoles s’accompagne évidemment d’un ensemble de réformes structurelles du pays. Il n’est bien sûr pas question de fermer l’Education Nationale, mais d’en abandonner ses casernes.

Préalable indispensable, nous démarrons par fibrer les territoires jusqu’à nos campagnes les plus désertées. Déploiement massif des infrastructures de l’horizontalité, internet très haut débit gratuit pour tous et inscription de la connexion à Internet dans la liste des droits fondamentaux du citoyen.

Une fois le pays décemment équipé, mutualisation des ressources, accumulation d’un matériel pédagogique adapté de la plus haute qualité sous forme d’un TEDx Education Nationale en constante évolution. Nous avons tous connus de rares professeurs hors du commun, ces stars de la pédagogie doivent être accessibles à tous. Divers modèles tels que la classe inversée sont mis en place pour test, nous restons ouverts à toute proposition novatrice, rien n’est gravé dans le marbre, nous souhaitons l’ouverture des esprits.

Les millions d’heures qui étaient perdues à préparer des cours inégaux sont mises au service de l’enseignement ad hominem. Nos chers professeurs enfin libérés du rôle de matons et de répétiteurs scolaires peuvent se consacrer entièrement à des groupes dont la dimension maximum est désormais fixée par la proportion 1 adulte pour 8 élèves. De plus petites structures jusqu’à des soutiens individuels sont mis en place pour aider ponctuellement les enfants en situation difficile.

L’enfant est au centre du dispositif. L’enfant est écouté, accompagné, la machine s’adapte à son rythme, mais il n’en est pas le maître. Les programmes des IUFM et autres écoles d’enseignants ont été revus pour y inclure des grandes parts de formation au rapport à l’autre, l’écoute, l’autorité, la pédagogie, les connaissances académiques n’ont plus l’exclusivité. La connaissance n’est plus à capitaliser, elle est accessible à tous, il n’est plus nécessaire d’apprendre toujours plus, il faut réapprendre à s’en nourrir, à la savourer.

L’Education Nationale en collaboration avec les communes est en charge d’organiser cette nébuleuse fluide et dynamique d’allocation des professeurs émancipés aux nouvelles sessions éducatives festives. Les enfants heureux et enfin sérieusement encadrés découvrent la vie en société dans ce qu’elle a de meilleur: le partage dans la globalité et la spécificité, en un mot, la justice.

S’agissant de l’équipement matériel et logiciel, l’Education Nationale à l’instar de l’Armée annule pour haute trahison tous les contrats en court avec des société privées américaines. Tout le parc sera renouvelé ou réhabilité à base exclusive de logiciel libre. Nous lancerons sous peu une grande campagne de recrutement des bonnes volontés de la société civile et dévouée pour aider à mettre en place les nouveaux usages et pour une assistance technique ouverte. Tout partenariat public privé est formellement proscrit.

S’agissant de la santé publique, la société ayant mis en place le revenu de base, nous pouvons enfin équiper les enfants de matériel numérique adapté à notre temps et cesser de leur fusiller le dos comme nous le faisons de façon coupable depuis des décennies avec des tonnes de manuels scolaires obsolètes sans autre intérêt que celui de faire vivre les métiers moisis de l’édition papier.

J’ai dit.

Bisous.

« Capituler devant la raison devrait nous faire rougir jusqu’aux racines » Alexandre Jardin.

Sur ce je te laisse sur cette chanson qui me serre toujours la gorge. Bon dimanche.

Well we all need reassurance as we play life’s game of endurance
Like a nice cup of tea or a cigarette
But don’t lean too long on your crutches or you’ll fall straight into the clutches
Of those who see free expression as a threat
You don’t need a law degree to set your mind and spirit free

 

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17 Comments

  1. Un coup à me faire voter pour toi, moi qui suis pourtant si enclin à déserter le système électif et son gouvernement représentatif 🙂

    Je proposerai d’ajouter la disparition totale du travail à la maison (source la plus flagrante d’inégalité). Les exercices seront faits à l’école. Ce qui nous ramène à l’exemple que tu cites de l’école inversée. À ce sujet : http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/education/201309/27/01-4694156-la-classe-inversee-le-pari-denseigner-a-lenvers.php

    Merci pour ce billet si enthousiasmant 🙂

    À tout bientôt.

  2. Bouleverser l’Éducation Nationale … moi qui suis prof ça me fait peur, mais comme souvent tes arguments tiennent la route et vont je pense dans une direction intéressante. Et puis, tant que la voie est libre moi je suis partant !
    Par contre, comment permettre à tous d’accéder à l’école non pas techniquement, mais au niveau de la volonté, l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans et pour beaucoup d’élèves c’est la contrainte qui les fait venir malgré tout …
    Ce qui est sûr c’est qu’il faudrait lancer ce genre de débat, car cette vieille dame agonisante qu’est l’école ne donne pas que son meilleur je trouve.

    • jcfrog

      le premier objectif est à mon sens de faire en sorte que les enfants aient envie d’aller à l’école. Certains croient que c’est impossible.
      Mes enfants étaient heureux d’y aller jusqu’au collège, l’usine. Ils passent presque plus de temps à faire des contrôles et des devoirs qu’à apprendre. Des notes, des diplômes, de la compétition, nos obsessions académiques me semblent vraiment très contre productives. Et pour tout dire je n’ai pas grand espoir que cela change.
      J’ai 45 ans, on parlait déjà de ce scandale des sacs trops lourds quand j’en avais 10. Faut construire autre chose, c’est pas gagné 🙂

    • Zap Pow

      Petit détail : ce n’est pas l’école, mais l’instruction qui est obligatoire jusqu’à 16 ans. On peut parfaitement instruire son enfant en dehors de l’école, sous contrôle du maire et aussi sous contrôle pédagogique.

  3. Niko

    C’est bien joli le cartable numérique etc… mais cher JC, toi qui publiait une vidéo voici quelques jours expliquant la finitude de notre monde et les ressources limités qu’il pouvait nous offrir, tu comptes faire comment pour gérer les millions de tablettes numériques et autres serveurs pour toutes les têtes blondes, brunes raides ou crépues que porte notre bonne vieille terre ?
    Oui l’édition est un secteur vieux, mais parfois un bon manuel papier recyclable me parait plus adapté et surtout écologiquement rationnel ! Faut certes pas revenir à la bougie, de là à se précipiter dans le numérique à tout bout de champ…

    • jcfrog

      Absolument, c’est un problème important, j’en conviens.
      Mais combien y a-t-il déjà d’écrans partout dans les foyers?
      Nos amis du GreenIT sont là pour nous aider, cela devra d’ailleurs faire parti des nouvelles matières à étudier 🙂 http://www.greenit.fr/
      Je n’ai pas la solution toute faite mais je ne rêve pas d’équiper de beaux iPad tout neufs chaque élève.
      La numérisation des supports n’est pas du fait de l’éducation.

          • Freemanus

            « S’agissant de l’équipement matériel et logiciel, l’Education Nationale à l’instar de l’Armée annule pour haute trahison tous les contrats en court avec des société privées américaines. Tout le parc sera renouvelé ou réhabilité à base exclusive de logiciel libre.  »

            Concernant le matériel, l’éducation nationale pourrait faire faciliter le développement d’une filière européenne via des contrats d’exclusivité. N’est ce pas le meilleur moyen de se débarrasser de la mainmise américaine sur les données ?

          • jcfrog

            ah oui pardon, je n’avais pas compris comme ça.
            Je ne crois pas que la solution tienne à la nationalité du fournisseur. Nos entreprises bien françaises sont aussi peu soucieuses de l’intérêt commun qu’une société américaine ou chinoise. Je ne vois pas d’autre solution que le monde de l’open source.

    • Bonne remarque… cela étant, le sujet est d’éviter d’alourdir autant les cartables, et pour ça, rien de plus simple : arrêter de trimballer inutilement des manuels ! Laissons les à l’école, cessons de les ramener à la maison ! ça les abime et ça ne sert à rien en plus de casser le dos des élèves. Il suffit de bannir les devoirs et le tour sera joué 🙂 Bon, même pour les accrocs aux devoirs maison, j’ai une solution : un manuel qui reste à la maison, et un autre à l’école (éventuellement partagé par plusieurs classes). Bref, on peut trouver des solutions…

      L’avantage du numérique, ça reste la mise à jour évolutive sans avoir à retirer des tonnes d’exemplaire… du coup, sur le long terme, l’impact écologique est peut-être kif kif ? Reste la raréfaction de certaines ressources, tu as raison… mais ça va pas se limiter aux manuels scolaires.

  4. sebdamiens

    De très belles idées pour faire de l’école ce qu’elle devrait vraiment être: le lieu d’épanouissement de tous ceux qui y passent du temps.

    J’aime beaucoup l’idée de ne plus apprendre « for the sake of it », mais de redécouvrir la saveur de la connaissance. 🙂

    Et tout comme tu le précises en évoquant le revenu de base comme un des bases de cette instructon du futur (proche) qui ne pourra emerger que par une révolution sociétale et culturelle, je pense que l’école-caserne actuelle dans son microcosme ne reflète que la société actuelle et ses maux…

    Alors changeons notre être-en-société !

  5. Sassoun

    Bah non, ça marchera jamais.

    Vous imaginez un peu ? Ce serait la fin des classes prolétaires stupides et conditionnées. Les gens réfléchiraient par leurs propres moyens !

    Avec toutes ses bêtises, finis les privilèges. C’est impensable !

    Plus sérieusement, je pense qu’il n’y a pas grand hasard si l’éducation nationale fonctionne de cette manière et pas d’une autre.

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